Comment survivre au mois de janvier ?

 

Sans bonne résolution.  L’essentiel, c’est de bien démarrer.

*

En ce mois de janvier, est-il vraiment tellement urgent de décider comment vous allez vivre le reste de l’année ? Les bonnes résolutions prises peuvent bien faire notre fierté quelques jours. Mais, elles finissent rapidement par nous ensevelir sous une tonne de culpabilité, lorsqu’inévitablement, on ne les tient pas. Faire des bilans et des projections, chiffres et diagrammes à l’appui, ça peut satisfaire notre propension au Quantified self, ou virer à l’obsession de la mesure.

Mon projet pour ce mois de janvier est plus modeste, au premier abord, car, si 2018 est véritablement un nouveau départ, le plus important, me semble-t-il, est de bien commencer.  Et pourquoi pas aussi gracieusement que nous le propose cette élégante vidéo :

The Birth from shootmefashion.net on Vimeo.

 

La plupart d’entre nous se sont acheminés vers la nouvelle année en dansant avec entrain.

 

 

C’est un bon début, mais c’est transitoire !

Démarrer est tout un art, que le cinéma et la télévision explorent encore, dans le but de captiver rapidement le spectateur et l’emporter loin du réel.

 

Exercices de style

Prenons pour commencer le générique de film. C’est un élément à la fois externe et interne au film, un prélude qui comporte des éléments fonctionnels, nommer l’ensemble des personnes ayant contribué à sa réalisation, mais aussi, clairement des aspects artistiques. Aux premiers temps du cinéma, le générique d’ouverture se résume à une fiche technique concise -quelques cartons lapidaires- associée à une musique. Or, comme le générique aménage pour le spectateur, une transition entre l’environnement réel et l’environnement fictionnel, les réalisateurs vont rapidement s’approprier ces minutes liminaires et chercher à leur conférer une véritable identité visuelle.

En 1955, le graphiste américain, Saul Bass, en révolutionne les codes très sommaires avec un générique graphique et stylisé, totalement inédit, celui de l’Homme au bras d’or d’Otto Preminger

 

 

Suivront Vertigo et la Mort aux Trousses qui achèvent de rendre Saul Bass célèbre.

L’autre grand créateur de générique de l’époque se nomme Maurice Binder. Il a conçu le fabuleux générique de Goldfinger en 1964, mais est surtout l’inventeur du gun barrel des James Bond. Chaque épisode de la saga s’ouvre avec cette séquence ultra courte, dans laquelle l’espion entre dans la ligne de mire d’un tueur vue de l’intérieur d’un revolver.

 

 

Un passionnant site, malheureusement exclusivement en anglais, recense et analyse différents types de génériques, dont ceux de films et de séries télévisées. Art of the Title est conçu par deux canadiens Lola Lankedic et Will Perkins. Il est richement documenté et présente aussi bien des génériques de films américains que français. L’article sur Lolo, le film de Julie Delpy réalisé en 2015, propose ainsi une longue interview des deux créateurs du générique animé, Laura Sicouri et François Grumelin-Sohn, et de Julie Delpy, accompagnée d’éléments de travail préliminaire (inspirations, références, pré-animation, photos, story-board, musiques test, etc…)

 

LOLO – JULIE DELPY (TITLE DESIGN) from LAURENT & FRANCOISE on Vimeo.

 

Première leçon pour 2018 : on n’improvise pas, on travaille son démarrage.

 

 

Scènes d’ouverture

La scène qu’il ne faut pas rater au cinéma, c’est bien la scène d’ouverture.

 

 

Elle introduit le spectateur dans l’action filmique, tout en lui permettant de s’abstraire du réel. Mais à chacun sa méthode, progressive ou brutale, accompagnement sonore en musique ou en dialogue, court métrage préliminaire à part entière ou long plan séquence.

Pour celle d’Il était une fois dans l’Ouest, d’une durée de 11 minutes, Sergio Leone tenait absolument à prendre son temps comme dans la réalité. Il étire la séquence, en conservant tous les bruits, mais enlevant tout dialogue et musique additionnelle. La scène se situe dans une gare, où trois tueurs viennent à la rencontre de leur chef, Frank (Henry Fonda), homme de main sanguinaire d’un promoteur de chemin de fer.

 

 

A son chef décorateur Carlo Simi qui lui propose de construire une gare “qui ressemble à un vieux wagon abandonné”, Sergio Leon demande : “Construis-moi une plateforme de 100 mètres de long avec des tonnes de bois – toute une esplanade d’arbres. Il me faut ça pour capter l’attention des spectateurs d’emblée”.

Casper Christensen, un Danois passionné de cinéma a publié sur Vimeo une compilation des meilleures scènes d’ouvertures du 7ème art. La vidéo “The art of the Opening Shot” compte pas moins de 35 longs-métrages.

The Art of the Opening Shot from Filmnørdens Hjørne on Vimeo.

 

Deuxième leçon pour 2018 : on soigne le décor, on ne lésine pas sur les moyens.

 

L’art du harponnage

 

Encore plus que pour un film, un générique TV est un choix capital pour la chaîne qui diffuse le programme. Il constitue un repère temporel d’ouverture et de clôture et doit accrocher le téléspectateur. Par sa régularité, le générique devient une part constitutive de l’identité du programme. Il faut immédiatement le reconnaître et l’associer à son contenu.

 

 

Le générique à la télévision est également soumis à une contrainte de durée, les chaînes souhaitant empiéter sur celui-ci pour augmenter le temps de la publicité. La télévision opère à l’inverse du cinéma, privilégiant les génériques cartons de quelques secondes, ce qui n’est pas sans soulever le problème de lisibilité des crédits contractuels.

Cependant de nombreuses séries récentes offrent des génériques prodigieux aux bandes-son, images ou graphisme détonants, haletants, plastiquement réussis. Parmi ces génériques d’ambiance addictifs, je vous propose une sélection totalement subjective.

 

 

Dexter

 

Mad Men

 

Les Revenants

 

 

True Detective

 

The Leftovers

 

Troisième leçon pour 2018 : on reste envoûtant, ou, à défaut, on vire entêtant !

 

Si vous démarrez bien cette année, et il vous reste 29 jours pour y arriver, vous devriez pouvoir y survivre. En cas de difficulté, n’hésitez pas à venir puiser de l’inspiration dans nos « Comment survivre », saison 2 !

Très bonne année à tous !

 

image_pdfPDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *