Comment survivre au mois de décembre ?

 

Un mois qui sent le conifère, les illuminations artificielles et les embarras gastriques, ça donne envie de tout casser.

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Jamais répertoriée chez les psychiatres, la natalophobie est un monstre étymologique qui agglutine grec et latin. Pour être correcte, j’aurai dû écrire genethliophobie. Mais il est déjà inacceptable que je n’aime pas Noël et les fêtes de fin d’année, je peux  m’offrir cette incorrection. Le mois de décembre est donc pour moi une lente agonie.

© Stephan Wermuth

Des ethnobotanistes fantaisistes  ont émis l’hypothèse que la tenue rouge et blanche du père Noël est liée à l’amanite tue-mouches. Elle serait utilisée par les chamanes en Sibérie pour ses propriétés psychoactives qui altèrent leur état de conscience. Elle favorise ainsi leur envol à travers le trou de fumée d’une yourte. Ce rituel chamanique est considéré par Jonathan Ott, dans Hallucinogenic Plants of North America, comme analogue au passage du père Noël par les cheminées.

Bizarre, mais tentant ! Je vous ai donc trouvé quelques suggestions planantes pour révérer ou déboulonner des idoles, apprécier les traditions festives et ne rien lâcher.

Mais d’abord hommage à ceux qui viennent de succomber.

 

De Jean d’O à Jean-Phi

Deux figures du monde médiatique, décédés successivement, ça n’augure pas bien du reste du mois. Ces deux bons clients du petit écran, chacun dans son style, ont finalement trouvé une caution hype sur le grand.

 

 

Jean d’Ormesson, le grand bourgeois, spirituel et élégant, évoque sa mort avec Bernard Pivot lors de l’émission Bouillon de culture du 10 septembre 1999. Un moment de télévision émouvant et plein d’humour que je vous invite à voir (ou revoir).

 

 

Le Mock, une chaîne You Tube créée en 2015 par Redex et Pierrot, deux lyonnais, évoquait dès le 3 décembre, la mort de Johnny et posait la problématique d’un hommage national à la Victor Hugo. Une vidéo maline sur la construction des idoles, leur agonie et leur célébration.

 

 

 

Le Père Noël est plus qu’une ordure

C’est une bête sauvage qui ne supporte pas les cris et le bruit, les mauvaises manières, les fumeurs et les alcooliques. C’est ainsi qu’apparaît le Père Noël dans les deux court-métrages du réalisateur finlandais Jalmari Helander, Rare Exports Inc. tourné en 2003 et Rare Exports : the Official Safety Instructions, tourné en 2005. Tous ces manquements au savoir-vivre conduisent leurs auteurs à une mort certaine, le Père Noël adorant la chair humaine. Pourtant ce produit local est exporté dans le monde entier par trois finlandais, dont l’activité principale est de le chasser en pleine nature, puis de l’entraîner à ne pas bouffer les enfants.

 

Rare Exports Inc. (2003) from Woodpecker Film on Vimeo.

 

Rare Exports: The Official Safety Instructions (2005) from Woodpecker Film on Vimeo.

 

Dans la même veine humoristique, Jalmari Helander réalise un singulier premier long-métrage en 2010. Coproduit par Agnès B. Production, ce film esthétiquement réussi, mêle références à Joe Dante et mauvais esprit. Malheureusement, un titre idiot en français – Père Noël, Origines – ne lui a pas permis de marquer les mémoires cinéphiliques, malgré les nombreuses récompenses remportées pour la réalisation et la photographie.

 

 

Que la farce soit avec nous !

Pas celle de la dinde, mais bien celle des étoiles. Si vous êtes effrayé par la perspective que Disney réalise plusieurs nouvelles trilogies, en exploitant le filon de Star Wars, sur la base d’un principe éprouvé , jamais deux sans trois, Hardware Wars devrait vous réconcilier avec l’univers de Georges Lucas. Ce court-métrage parodique fut réalisé en 1978, quelques semaines après la sortie de Star Wars épisode IV (qui est le premier film de la série, pour ceux qui ne suivent pas). Il est considéré comme étant le court-métrage le plus profitable de tous les temps, puisqu’il a rapporté 1 million de dollars, pour un budget de production initial de 8.000 dollars. Sa rentabilité est donc bien meilleure que celle du film dont il s’inspire.

 

Le best-of 2017

Qui dit fêtes de fin d’année, dit désert télévisuel et best-of jusqu’à l’écœurement. Je vous propose donc un Top des films 2017, concocté par le critique de cinéma américain David Ehrlich. Certainement ultra-subjectif, ce best-of est visuellement magnifique et sa bande originale est totalement inspirante pour votre playlist du réveillon du Nouvel An. C’est cadeau !

 

THE 25 BEST FILMS OF 2017: A VIDEO COUNTDOWN from David Ehrlich on Vimeo.

 

Sous le sapin

En matière de cinéma, les périodes de Noël sont propices à de nombreuses éditions de livres ou coffrets DVD luxueux, vous avez donc l’embarras du choix. J’en ai sélectionné deux, mais n’hésitez pas à me faire part de vos idées.

 

 

La Cinébox vous propose tous les trimestres un voyage à travers le 7ème art, une exploration unique d’une thématique cinématographique. Le très joli coffret contient deux films en DVD, plus de 200 films en VOD, 70 pages de magazine, des cadeaux et des surprises. Tout juste créée par Universciné, la plateforme VOD dédiée au cinéma indépendant, la société d’édition vidéo Blaq Out et le site Vive la Culture, la première Cinébox est consacrée aux gangsters. Les Cinébox sont vendues à l’unité, mais le site propose également une offre pour l’année avec 4 coffrets au total pour le tarif préférentiel de 120 €.

Le shop de Lobster Films. Je vous ai déjà parlé du formidable travail de Serge Bromberg à l’occasion de la projection du Roi des Rois de Cecil B. DeMille.  Le coffret consacré à ce film mémorable sortira le 11 décembre. Mais la boutique en ligne de Lobster regorge de pépites cinématographiques à offrir, avec notamment un coffret inédit Avant-gardes retraçant l’histoire du cinéma expérimental.

 

 

Et parce que nous ne sommes pas des dindes

« Tout système de représentation est aussi un système de valeurs. (…) Il est important de souligner que les représentations ne sont pas le reflet de l’état de la réalité mais donnent à voir une mise en forme, voire une mise en ordre de la réalité, visant non seulement à expliciter un ordre social établi, mais aussi à le légitimer. » Sylvie Cromer chercheuse à l’Ined

Dans la perspective d’accélérer l’égalité réelle entre femmes et hommes, la plateforme Genrimages est né de l’urgence à travailler la question des représentations et des stéréotypes sexués dans l’image. Développé par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, son objectif est de lutter contre les stéréotypes fille-garçon, générateur d’inégalité et de violence.

 

 

Dans sa présentation, la plateforme indique qu’ « à l’heure où l’image est devenue la première pratique culturelle, les images stéréotypées s’ancrent dans l’inconscient collectif et contribuent à figer la place des femmes et des hommes dans la société. »  Genrimages propose des outils de distance critique face aux représentations stéréotypées des femmes et des hommes dans les médias, pour tout ceux qui souhaitent accompagner enfants et ados dans cette réflexion. On y trouve ainsi une analyse de la représentation type de « la ravissante idiote » dans Indiana Jones et le Temple Maudit, sous une forme évidement parodique et humoristique. De nombreuses autres ressources concernant la publicité sont également à disposition. La plateforme est, dans un premier temps, destinée aux enseignants et doit s’étoffer, mais elle gagnerait à être fréquentée par tous pour aiguiser notre esprit critique face aux représentations véhiculées par les médias audiovisuels.

 

© Stephan Wermuth

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