Comment survivre au mois de novembre ?

 

Chaque mois, mes suggestions de sorties ciné, culture, lecture, raccord avec l’humeur de saison.

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Un mort-vivant est capable de se montrer dynamique, alors qu’il a franchement les meilleures raisons du monde d’être rageux.

Pourquoi céderions-nous à ce début de déprime hivernale, juste parce que les heures d’ensoleillement sont réduites et les températures en baisse ? Je vous accorde que la langue française incite au pessimisme. Elle appelle mort vivant, ce que l’anglais nomme « undead » ou « leaving dead ». Elle dit nature morte, lorsque l’anglais, qui semble avoir une vision plus positive du monde, dit « still-life ». Pour vous sortir de votre PLS hivernale, vous inciter à déceler chaque parcelle de vie autour de vous, je vous fais, ce mois-ci, cinq propositions revigorantes.

 

Le film qu’on ressuscite                                

Une grosse bestiole tueuse s’ébat dans le transsibérien, tel est l’argument d’Horror Express, un film d’épouvante, titre phare du cinéma fantastique espagnol des années 1970.

En 1906, le professeur Caxton découvre une créature préhistorique fossilisée dans la glace. Convaincu qu’il s’agit du chaînon manquant entre le primate et l’homme, il décide de la ramener en Europe, en train. Mais la créature préhistorique se réveille et tue tous les voyageurs qui croisent son chemin. Il s’avère que la bestiole est un alien disposant de pouvoirs surnaturels, tels que faire bouillir les yeux de ses victimes et redonner à leur cerveau la virginité d’un cerveau de bébé. Le sujet rappelle celui de The Thing de John Carpenter, avec le charme supplémentaire du huis clos ferroviaire.

 

 

Le casting d’Horror Express est réjouissant, puisqu’on y retrouve le duo d’acteurs britanniques Christopher Lee et Peter Cushing, dont la première collaboration remonte à 1957 avec Frankenstein s’est échappé de Terence Fisher. Les deux acteurs incarneront les figures mythiques du cinéma de genre, produit par les studios Hammer entre 1955 et 1970, et tourneront plus d’une vingtaine de films ensemble, dont les Dracula et les Sherlock Holmes. Ils sont rejoints dans Horror Express par Telly Savalas, a.k.a l’inspecteur Kojac, toujours aussi chauve.

À la suite d’une négligence concernant ses droits d’exploitation, le film est définitivement entré dans le domaine public sur le territoire américain. On peut donc regarder la version originale directement sur Youtube, avec une image de plus ou moins bonne qualité. Je vous en propose une version HD, trouvée sur la chaîne Youtube The movie Mausoleum avec des commentaires de Johnny Necropolis.

 

La version française, Terreur dans le Shanghaï Express est sortie en DVD le 7 février 2017 . Il est édité et distribué par LCJ Éditions et Productions.

 

Le podcast d’outre-tombe

Georges Romero est décédé cet été, suscitant toute une série d’hommages. Creepers, Rano et Rone, les animateurs du podcast VHS et Canapé, ont enregistré une émission spéciale consacrée à l’ensemble de la filmographie de Romero. Elle dure 3h20, ce qui pourrait sembler mortellement long ! Hormis quelques digressions toujours intéressantes, cette émission passe en revue tous les films de Romero et a le mérite de nous donner envie de les voir ou revoir tous.

 

Son film culte, La nuit des morts vivants, (Night of the leaving dead), sorti en 1968,  a été produit avec 114.000 dollars et a rapporté entre 4 et 5 millions de dollars, ce qui en fait le film le plus rentable du cinéma. Avec une dizaine d’amis étudiants de Pittsburgh, Georges Romero fonde sa société de production en 1961. Chacun investit ses propres économies pour lancer le tournage de La Nuit des morts vivants, alors que le projet ne semble intéresser personne. Grâce à la présentation des premiers rushes, Romero obtient un budget définitif de 114.000 dollars qui lui permet de finir son film.

Tout comme Horror Express, La Nuit des morts vivant est tombé dans le domaine public sur le territoire américain, à cause d’un problème de copyright oublié lors du changement du titre initial. Vous pouvez donc le voir intégralement sur Youtube.

 

L’expo qui crève l’écran

L’exposition « Effets spéciaux, crevez l’écran ! » à la Cité des Sciences et de l’Industrie présente les différentes techniques de trucages au cinéma. L’organisation du parcours de l’exposition est très pédagogique, puisqu’elle permet de montrer comment la question des effets spéciaux intervient dans la chaîne de conception et de réalisation d’une œuvre audiovisuelle et de découvrir comment travaillent les pros.

 

L’exposition est divisée en quatre espaces principaux.  Le bureau de production révèle l’ensemble des moyens indispensables à la réalisation d’un film, où dès la phase de préproduction, les effets sont dessinés et chiffrés.  Le travail préparatoire des différentes équipes est représenté à travers les documents conçus lors de cette phase essentielle, synopsis, scénario, story board, maquettes, documents graphiques et l’indispensable plan de travail. Une animation multimédia permet, en particulier, de découvrir l’impact financier de ces effets spéciaux.

Le plateau de tournage détaille les effets réalisés en direct au tournage, des plus anciens aux plus récents. Quatre zones spécifiques permettent aux visiteurs de jouer avec les effets spéciaux : tester le motion-capture, transformer les acteurs grâce au maquillage, s’incruster dans le virtuel avec la technique du fond vert. La dernière zone rassemble les anciens trucages utilisés avant l’apparition du numérique, témoignant de toute l’ingéniosité des cinéastes d’antan.

 

 

Le studio de postproduction, dévoile comment celle-ci transforme l’image en mille-feuille d’effets visuels. Le travail minutieux des infographistes sur la lumière, les reflets, les textures y est expliqué. On peut découvrir également une collection de matte painting et comprendre comment le son, la musique, les bruitages et les voix participent à la création de mondes imaginaires.

Enfin, la salle de cinéma raconte comment les effets spéciaux changent notre regard de spectateur, et permet de susciter l’émotion. A travers les exemples de films tels que La Soupe aux chouxLe passe-murailleNanaLe Testament d’Orphée, ou Star Wars, le cinéma invente sans cesse de nouveaux effets et joue avec les limites de notre perception.
Effets spéciaux, Crevez l’écran ! Cité des Sciences et de l’Industrie – 30 avenue Corentin Cariou – 75019 Paris. Exposition jusqu’au 19 août 2018, à partir de 8 ans, ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h, le dimanche de 10h à 19h. Plein tarif 12€, tarif réduit 8€. La réservation est conseillée car les expositions temporaires sont souvent prises d’assaut.

 

Le cartographe du cinéma

J’adore le projet carrément fou et totalement futile de David Honorat, journaliste cinéphile, fondateur du réseau social Vodkaster : concevoir un pays cinéphilique imaginaire sous forme de carte.

 

 

Pour moi, regarder des films a toujours été un périple, une quête infinie. Peu importe combien vous en regardez, il y en a encore des milliers de plus à découvrir. Mais ce qui est intéressant, c’est que les films sont tous connectés entre eux, d’une manière ou d’une autre.” déclare David Honorat. Le pays qu’il a ainsi fait émerger, Movieland, rassemble 1800 films. Il comprend plusieurs régions : Désert Western, Plaines de l’aventure, Champs de bataille, Vallée de l’amour ou Montagnes de la science-fiction. Chacun de ces territoires correspond à un genre cinématographique avec en guise de patelins, ses meilleurs films.

David Honorat n’en est pas à sa carte d’essai. Il s’était déjà improvisé cartographe en diffusant une première version de son projet sous forme de plan de métro.

 

 

Il ne l’avait pas jugé suffisamment abouti, alors, pendant un an, il se consacre à l’élaboration de Movieland. Aux termes de 300 heures d’un travail acharné, il propose l’impression de sa carte en format poster sur le site de financement participatif Kickstarter.

 

Et nous les femmes, on ne lâche rien !

L’affaire Weinstein secoue le monde culturel international comme une floppée de zombies affamés. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le sexisme d’Hollywood dans un précédent article « Un sexe glousse, l’autre galope ». Et si toutes ces révélations des violences faites aux femmes peuvent aider à faire évoluer les mœurs et attitudes, on ne peut que s’en réjouir.

 

 

Je souhaite, toutefois, attirer l’attention sur des initiatives plus modestes, mais réellement salutaires. Ainsi le site Mediaversity, lancé en avril 2017, évalue les productions audiovisuelles et cinématographiques américaines selon leur capacité à représenter la diversité de la société. Cette évaluation n’a pas pour but de déterminer la qualité d’une œuvre, mais la façon dont elle inclut et traite les variétés de genre, d’origines ethniques, de nationalités ou d’orientations sexuelles (LGBTQ). Les films et séries sont notés de A+ à F (le pire score qui puisse être attribué), en tenant compte des stéréotypes véhiculés et de la qualité de l’écriture des dialogues. L’équipe de Mediaversity déclare dans son  « A propos » : « Notre objectif est de refléter la merveilleuse diversité du monde, que ce soit en face de la caméra ou derrière elle. Comme aucune histoire ne peut représenter exactement le microcosme de l’Amérique, nos critiques s’efforcent d’être un outil pour les gens qui consomment les média de façon pro-active et non passivement. Lorsque nous disons « diversité », qu’est-ce que cela signifie ? Observons la réalité à travers quelques indicateurs : 50.8% des USA sont composés de femmes, 39% des résidents aux USA sont des personnes de couleur, 4-8% des Américains se considèrent comme faisant partie de la communauté LGBTQ . Tant que la télévision et le cinéma ne refléteront pas le véritable visage de notre pays, Mediaversity sera là pour les rappeler à l’ordre et féliciter les bons élèves. »

L’évaluation de chaque œuvre est longuement expliquée et argumentée dans l’article qui accompagne la note. Ainsi le sexisme est-il détecté grâce à l’application du test de Bedchel. Pour réussir ce fameux test, l’oeuvre examinée doit remplir trois critères  : il y a au moins deux personnages féminins qui ont un nom, elles parlent ensemble, elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin.

Evidemment Mediaversity s’intéresse uniquement aux productions américaines. Une déclinaison en France serait certainement riche d’enseignements !

 

D’ici là, on reste positif et on garde le sourire !

 


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